CONCOURS D'ESSAI DU FONDS POUR LA PAIX DE LA CEDEAO rédigé par LEHMAN Faouzane le 27/09/2021
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| Photo by Annie Spratt on Unsplash |
Imaginez que vous disposez d’une
moto et lancez votre entreprise de distribution de crème glacée. Vous l’achetez
à cent francs l’unité chez un fournisseur et la revendez à cent francs. Après plusieurs mois
d’exploitation, vous vous rendez compte que votre chiffre d’affaire n’est pas à
la hauteur de vos espérances et concluez que pour la continuité d’exploitation
il vous faut une voiture. Cette histoire est absurde me
diriez-vous, mais c’est malheureusement la réalité que nous vivons.
Lorsque nous voulons changer les choses, nous pensons à un plus grand moyen
alors que nous n’avons besoin que d’un bon business modèle. C’est dans cette
perspective que je vous livrerai dans les prochaines lignes une réflexion qui
changera significativement votre manière de penser et de voir la société. Je tenterai de vous expliquer
comment l’économie sociale peut contribuer efficacement à
l’autonomisation des jeunes dans
la sous-région.
En 2018, un ancien camarade de
classe me sonda sur son projet de créer la version béninoise du célèbre site d’e-commerce
Amazon. Il me fit remarquer que chaque localité du Bénin avait une spécificité
agroalimentaire soit par le prix soit par la disponibilité. Son idée, c’était
de permettre aux gens d’acheter facilement les produits à moindre coût et ce
quelle que soit leur position. Après une profonde réflexion, j’ai jugé que son
idée était réaliste, réalisable et surtout apportait une solution efficace à un
problème réel. Aujourd’hui, le projet est toujours au stade de l’idée pour une
et une seule raison : la difficulté à trouver le financement. Ce cas de
figure qui est loin d’être rare est l’illustration parfaite d’une jeunesse
impuissante, abandonée, marginalisée et surtout incapable de créer de la valeur
ajoutée. Pourtant, je reconnais que face aux défis qui nous attendent, il ne
manque pas de mouvements. Les reformes sont en cours dans le domaine de la
santé par exemple pour lutter efficacement contre les pandémies et surtout
permettre à la majorité de la population de bénéficier d’assurance maladie. On
assiste aussi à de vastes mouvements exacerbant les débats sur la bonne
gouvernance, les populations de plus en plus exigeant et réclamant plus
d’effort de la part de ceux qui les dirigent. A cela, il faut ajouter les
dispositions que prennent les états pour lutter contre le terrorisme et
prévenir les conflits. On parle aussi de la capacité de nos états à créer de la
richesse et à lutter contre la pauvreté tout en préservant la biodiversité pour
les générations futures. En regardant de plus près, on se rend compte que de ces
mouvements se dégagent deux faits importants : d’abord la complexité et la
fragilité du système socio-économique de nos différents pays. Ensuite, on voit
que l’état, les organisations humanitaires, les entrepreneurs et toutes les
personnes engagées dans ces luttes notamment les jeunes qui représentent
l’avenir manquent tout simplement de ressources. Aider les jeunes à être
autonome, c’est apporter le plus grand service à la nation et la finance est selon moi l’outil la
plus puissante pour y arriver. Comprendre cela, c’est comprendre que l’état ne
peut malheureusement pas régler tous les problèmes de la société et que c’est
ensemble que nous réussirons.
En effet, je me suis toujours
demandé s’il était possible de participer au financement d’un projet en
achetant des choses même les plus banales comme du pain par exemple. J’ai
évalué plusieurs hypothèses, comparé des données, recherché des informations,
questionné des invidus. J’en suis arrivé à la conclusion que ça peut se faire
et la clé c’est de faire en sorte que les gens ne dépensent que dans les
dynamiques constructives. Cela signifie que nous ne dépenseront que pour régler
un problème. La question est comment mettre en place un tel système parce que
l’idée semble ambitieuse. De quoi s’agit-il concrètement ? Il s’agit de faire
comprendre au fabricant de pain que la survie de son commerce dépend du
bien-être social et financier de ses clients. Dans l’esprit c’est beaucoup plus
concevable que dans la réalité, mais cela ne veut pas dire c’est impossible.
Ils sont nombreux aujourd’hui
ces jeunes qui attendent un coup de pouce pour apporter un changement à la
société. Ils ont du talent et veulent le monétiser ; ils sont ambitieux et
veulent poursuivre leurs études au plus haut niveau ; ils sont artisans en
fin de formation et souhaitent ouvrir leur propre atelier ; ils ont de
brillantes idées et cherchent du financement pour les mettre en œuvre, ils ont
créé leur entreprise et veulent la faire prospérer. Dire à ces derniers qu’ils
n’y arriveront pas sous prétexte que les moyens seraient insuffisants est une
injustice terrible. Au lieu de ça, commençons à agir différemment et je pense
pour ma part à la création d’une plateforme de financement participatif d’un
modèle assez différent gérée par la société civile qu’on pourrait aussi appeler
fonds solidaire de développement. Pour en faire un succès quatre actions seront
nécessaires : la supervision de l’état, l’adhésion massive des jeunes, la
collaboration des banques et autres institutions financières et le concours des
grandes entreprises. Avant d’exposer l’importance de ces dernières, je tiens à préciser
que la plateforme sera ouverte à tous les internautes et aura toutes les
caractéristiques traditionnelles. Les gens pourront investir sous forme de don
ou en demandant une contrepartie. Avec l’appui de l’état, on misera beaucoup
plus sur des contreparties sociales plutôt que sur des intérêts monétaires. Par
exemple, les investisseurs qui financent un projet de création d’une librairie
numérique peuvent demander comme contrepartie des réductions sur tous leurs
achats de livres pendant une période déterminée. De même un jeune qui lance sa
startup grâce au financement participatif peut proposer à ses investisseurs une
sorte d’actionnariat définitive ou temporaire leur permettant de toucher
régulièrement des commissions selon une certaine périodicité. En bref, les
contreparties possibles sont
multiples, mais l’idéal c’est de faire en sorte que le social prenne le dessus
sur l’intérêt personnel. Ce point est d’autant important que les risques que
prennent les investisseurs sont énormes. En optant pour le financement
participatif, ils s’exposent notamment à la perte d’une partie ou de la
totalité de l’investissement. Ceci rend sans aucun doute la tâche complexe et
explique d’ailleurs pourquoi les plateformes de financement participatif ne
sont pas assez populaires dans la sous-région. Encore faut-il souligner la
difficulté des responsables de la plateforme à avoir des informations
exhaustives sur les potentiels bénéficiaires et la complexité à suivre
l’évolution de leur activité. Sous prétexte qu’on cherche à changer
radicalement le modèle, on ne peut donc pas nier les obstacles. Ils seront là,
mais ne devront pas nous empêcher d’avoir la tête haute car l’enjeu est de
taille. Il s’agit de poser les bases d’un environnement favorable à la
créativité et donner à la jeunesse les moyens de créer un avenir meilleur. Pour
construire une nouvelle dynamique, il nous faut créer de nouvelles choses et
c’est ici que les quatre actions que j’ai évoqué seront indispensables.
D’abord la supervision de l’état
est un gage de confiance et de crédibilité. Les gens s’engageront facilement
s’ils savent que l’état surveille. Et que dire de la visibilité que ça donnera
aux projets intéressants attirant ainsi les investisseurs étrangers. Mais
l’état devra aller encore plus loin en instaurant une politique fiscale
incitative. Il s’agira d’accorder des assouplissements fiscales aux entreprises
qui investissent le plus sur la plateforme leur permettant ainsi de se
démarquer de la concurrence. L’idée c’est de faire en que sorte ces dernières
financent de leur plein gré les projets intéressants. La participation de l’état
sera donc déterminant pour créer de l’enthousiasme et du mouvement.
Ensuite, l’adhésion massive des
jeunes. Ils représentent la majeure partie de la population et sont capables
d’influencer le cours des événements surtout lorsqu’ils s’unissent. La force
d’un système se mesure au trafic qu’il génère. Encore faut-il rappeler que
c’est un potentiel exploitable pour créer de nouvelles choses. Je pense par
exemple à la création d’une monnaie de la connaissance, concept inventé en
inde. Cette monnaie n’est utilisée que pour acheter de la connaissance. Dans le
contexte qui est le nôtre ici, favoriser l’émergence d’une telle monnaie
permettra rapidement d’atteindre les objectifs parce que pas d’autonomisation
sans connaissance. D’autres
choses importantes peuvent être créées à partir de là.
En outre, la collaboration des banques et autres institutions
financières se fera en ce sens
qu’elles donneront la possibilité à leurs clients de décider librement de
l’utilisation d’une partie ou la totalité de leur argent. Les gens pourront
donc pour plus de sécurité se servir de la banque pour investir sur la
plateforme. Elle sera donc chargée d’investir pour le compte de son client.
Enfin le concours des grandes
entreprises est l’action dont on peut difficilement se passer et qui permettra
de dynamiser la plateforme sur une longue période. En effet, les grands
détenteurs d’actifs ont généralement des points communs qui se présentent comme
suit : ils se projettent dans le futur et savent anticiper les défis
majeurs auxquels feront face les états ; ils sont présents dans toutes les
régions, tous les secteurs d’activité et évoluent au rythme de la société.
C’est la raison pour laquelle leur intelligence stratégique doit être mise à
contribution et Je pense ici à la création de la règle des 1% qui consiste en
ce que les mille plus grandes entreprises du pays investissement au moins 1% de
leur chiffre d’affaire sur la plateforme chaque année. Elles auront la liberté
de choisir les projets qui les intéressent et devront accorder aux
bénéficiaires des contreparties sociales, soit des délais de remboursement
long, soit des taux d’intérêt faibles ou nuls, soit une demande de prestation.
Lorsque nous aurons adopté cette
politique, il serait désormais possible de contribuer au financement d’un
projet en achetant du pain parce que nous aurions compris que c’est dans
l’échange et le partage que nous ferons prospérer nos différentes activités.
Avant d’en arriver là, nous devons surmonter l’obstacle du pessimisme qui est
d’ailleurs l’un des plus grands maux de notre époque. Nous avions longtemps
fait confiance à nos institutions qui malheureusement n’ont pas été à la
hauteur. Il est temps qu’on fasse confiance à notre jeunesse et à ce qu’elle
peut apporter. Il est temps aussi qu’on donne au mot “entrepreneur” la
consideration qu’il mérite. Les jeunes sont prêts à créer, à faire avancer et
ne demandent que du mouvement.
Pour finir, chers dirigeants de
la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest, vous et vos
précedecesseurs avez toujours fait des efforts pour faire avancer vos pays.
Maintenant, il est temps que vous agissez différemment et intelligement. Il est
temps que vous sachiez qu’on ne vend pas la crème glacée au même prix qu’on l’a
achetée. L’économie sociale
c’est l’avenir, changez donc vos business modèles.

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