Diank et Nibaroca sont deux villes que tout oppose et qui
finalement ne sont proches que par leur situation géographique. D’ailleurs, l’histoire
ne retient d’elles que des rivalités successives et des guerres d’égo, chacune
se considérant meilleure que l’autre. Désormais confrontées à la modernité, ces
éternelles rivales sont amenées sinon à s’entendre, au moins à collaborer dans
plusieurs domaines et sont devenues comme deux partenaires engagés dans une
relation compliquée.
Ayant une population passionnée de terre, Nibaroca est
naturellement la ville de la production agricole de masse et doit ce penchant à
une longue tradition remontant à plusieurs siècles. Diank, qui très tôt a fait
l’expérience de la modernité est beaucoup plus dotée en infrastructures
industrielles et routières. Ville de la
transformation, elle abrite sur son sol plusieurs entreprises qui créent du mouvement et font émerger des individus aisés. Chabi
Touré, à la tête de plusieurs entreprises dont une célèbre boulangerie fait
partie de cette élite. Au fil des années, il a réussi à faire du Nibaroca son
plus gros marché. En effet, les Nibarocains adoraient le pain puisqu’il
accompagnait quasiment tous leurs repas. Curieusement, ils ne voyaient pas d’un
mauvais œil le fabricant, voisin qu’ils n’aimaient pas bien pas plus que
celui-ci n’avait aucun problème à empocher leur argent. Pourtant, si le
commerce a pu échapper à la rigueur des gardiens de la tradition, il en était
autrement pour les relations humaines, prises en otage par l’égoïsme et la
fierté. Ainsi d’un côté comme de l’autre, on considérait comme un déshonneur le
fait de s’unir par le mariage. Cette tradition restée vive pendant plusieurs
siècles ne fut un problème pour personne. Cependant, il y en a un qui,
lui, commençait à avoir des problèmes
avec sa tête et envisageait sérieusement
de changer les choses. Le richissime entrepreneur Chabi Touré était fou
d’amour. Si pendant longtemps il tint sa pensée sécrète c’est parce que le
petit pied qui exaspérait sa volupté était Nadia, la fille d’un haut responsable
du Nibaroca. Confiant et sûr du respect
qu’il inspire, il dévoila son projet
dans une atmosphère teintée de
conciliation et de diplomatie, mais se
heurta au refus catégorique du père de Nadia. Ce dernier, farouche gardien de
la tradition avait par ailleurs des doutes sur l’origine de la richesse du
célèbre homme d’affaires. La bataille dura plusieurs mois sans qu’aucun
changement ne se fit, le père de Nadia
étant resté inflexible sur sa position. Se voyant trop puissant pour qu’on lui
refuse quoi que soit, Chabi Touré tenta alors une ruse aussi violente que dangereuse en
interdisant d’abord aux nibarocains l’accès à son pain. Il licencia ensuite
tous ses employés, ressortissants du Nibaroca et réussit à convaincre plusieurs chefs d’entreprises de
sa ville à faire de même. Par solidarité avec leur frère, les diankois
suivirent le mouvement, chacun selon ses capacités. Ce blocus économique sans
précédent qui avait pour but de satisfaire les folles envies d’un homme eut
pour effet de réveiller les vieux démons
et ternir d’avantage une relation déjà compliquée.
Décider à défendre leur dignité, les responsables du
Nibaroca se concertèrent pour préparer leur réplique. Ils jugeaient le moment
idéal pour se prouver à eux-mêmes qu’ils pouvaient enfin se passer de Diank. A
la suite d’une première entrevue, il était décidé que le Nibaroca devrait avoir
ses propres entreprises. Pour ce qui est
de la boulangerie, ils eurent l’idée géniale de faire appel à un spécialiste
pour la conduite des opérations. Ce dernier présenta un business plan à la hauteur des ambitions des Nibarocains qui voulait avoir la plus grande boulangerie du pays. Seul
problème, aucun des riches agriculteurs n’avaient les moyens de financer un tel
projet tout seul. Alors, l’option du crédit bancaire fut privilégiée. La banque
ayant jugée le projet pertinent considérait son intervention comme une
ingérence et ne voulait pas exacerber la tension entre les deux villes. Les
Nibarocains pour qui la mort vaut mieux que la honte se lancèrent donc dans un
vaste mouvement de financement populaire. C’est ainsi qu’est née la solution
miracle, celle-là même qui fera naître plusieurs entreprises et fera de la
solidarité financière le ciment du vivre ensemble. Les contributions des uns et
des autres n’ont pas seulement servir à construire une boulangerie, elles ont
aussi apporté le souffle nécessaire à l’esprit d’entreprenariat.

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